South Bulletin 101, 18 avril 2018

La résistance aux antimicrobiens, la plus grande menace pour la santé dans le monde

La résistance aux antibiotiques et, plus généralement, la résistance aux antimicrobiens (RAM), est une cause discrète mais majeure de mortalité. Elle est en passe de devenir la plus grave menace pour la santé dans le monde ; les experts mettent même en garde contre l’ « apocalypse post-antibiotique ».

Le numéro 101 du South Bulletin porte sur la résistance aux antimicrobiens, et plus particulièrement ses conséquences sur les pays en développement et les immenses difficultés qu’elle génère.

Le numéro 101 du South Bulletin contient les articles suivants :

Les superbactéries sont la plus grande menace pour la santé dans le monde

Martin Khor, directeur exécutif du Centre Sud.


Une menace plane sur l’avenir de l’humanité, si silencieuse que très peu de personnes la connaissent, si prolifique que de nombreuses familles en ont déjà fait les frais et si dangereuse qu’elle sera bientôt la principale cause de décès prématurée dans le monde.

Si les changements climatiques sont le danger le plus visible pour notre civilisation, la résistance aux antibiotiques est en passe de devenir la plus grande menace pour la santé et la vie des personnes.

De nombreux amis m’ont raconté qu’un de leurs proches ayant contracté une infection lors d’un séjour à l’hôpital n’avait pas pu être soigné avec le traitement antibiotique courant ; et certains n’ont pas survécu.

La mère d’un de mes très bons amis, par exemple, est décédée après avoir contracté le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) à l’hôpital où elle était traitée pour une maladie mineure sans aucun rapport.

Le SARM est un agent pathogène résistant aux antibiotiques qui est à l’origine de plusieurs graves infections. Si le SARM est courant en milieu hospitalier, la résistance aux antibiotiques est un problème qui affecte toute la population.

Les bactéries résistent de plus en plus aux antibiotiques. Les gènes de certaines bactéries qui survivent aux attaques d’un antibiotique mutent et s’adaptent pour mieux se défendre ; de nouvelles générations, plus robustes, de ces bactéries sont plus résistantes aux mêmes antibiotiques ou résistent à d’autres antibiotiques plus puissants.

Malheureusement, dans cette course sans fin opposant les bactéries toujours plus résistantes et les médicaments toujours plus lourds, les bactéries l’emportent, nos corps faisant office de champs de bataille. Les bactéries qui survivent, surnommées les superbactéries, se multiplient et acquièrent une plus grande résistance aux antibiotiques qui traitent une même maladie.

Leurs gènes de résistance peuvent se transmettre à d’autres bactéries à l’origine d’autres maladies, passant donc d’une espèce à l’autre, ce qui accélère la dissémination de la résistance et menace notre capacité à soigner de nombreuses maladies.

Concrètement, il existe des gènes dont la fonction spécifique est de résister aux antibiotiques, qui se transfèrent à d’autres espèces pour s’installer dans d’autres agents pathogènes. Ces gènes sauteurs accentuent le problème.

En 2013, il y a eu environ 480 000 nouveaux cas de tuberculoses multirésistantes. Le taux de résistance aux antibiotiques chez les bactéries responsables d’infections courantes comme celles des voies urinaires, des poumons et du sang est élevé dans toutes les régions du monde. La gonorrhée est presque incurable dans de multiples pays.

Le problème ne concerne pas seulement les antibiotiques et les bactéries pharmacorésistantes. En plus des bactéries, il existe d’autres agents pathogènes, comme les virus à l’origine du sida et des hépatites, ainsi que des parasites responsables du paludisme qui sont traités par d’autres antimicrobiens.

Ces microbes aussi résistent désormais aux médicaments. Par exemple, en Asie du Sud-Est les parasites du paludisme résistent de plus de plus aux traitements par associations médicamenteuses comportant de l’artémisinine et de plus en plus de personnes vivant avec le VIH ne répondent pas aux traitements de première intention contre le sida.

La résistance aux antibiotiques s’est donc élargie à la résistance aux antimicrobiens (RAM) ; la crise touche de plus nombreux individus et concerne de plus nombreuses maladies.

À l’heure actuelle, environ 700 000 décès par an sont dus à la résistance aux antimicrobiens dans le monde. D’après une étude réalisée en 2015 pour le compte du gouvernement britannique, ce chiffre risque de s’élever à 10 millions d’ici à 2050.

Selon le rapport, 300 millions de personnes mourront prématurément à cause de la résistance aux médicaments entre 2016 et 2050 et, si la crise n’est pas enrayée, les pertes économiques seraient comprises entre 60 000 milliards de dollars et 100 000 milliards de dollars d’ici à 2050. La majorité des décès et des pertes économiques concerneront les pays en développement.

Les dirigeants chargés des questions sanitaires tirent enfin la sonnette d’alarme. Sally Davis, principale conseillère du gouvernement britannique pour les questions de santé, a mis en garde contre une catastrophe.

Avant la fin de son mandat de directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Margaret Chan évoquait la fin de la médecine moderne dans une ère sans antibiotiques dans laquelle des infections aussi courantes qu’une angine ou que le genou écorché d’un enfant pourraient à nouveau être mortels.

Ces avertissements sont tardifs, mais mieux vaut tard que jamais. Dans les années 1980, l’association des consommateurs de Penang, pour laquelle je travaillais, a publié des études sur les pratiques commerciales peu éthiques des laboratoires pharmaceutiques concernant presque 20 médicaments, qui contribuaient à une utilisation inappropriée et à développer la pharmacorésistance. Les autorités sanitaires ont interdit ou restreint la vente de presque tous les médicaments concernés.

Au milieu des années 1990, l’association de consommateurs de Penang a également publié Revenge of the Killer Germs, un rapport dans lequel elle mettait en garde contre la crise latente de la résistance aux antimicrobiens et appelait à agir sans plus attendre.

Elle avait une longueur d’avance et ses prévisions se sont confirmées.

Parmi les mesures internationales récentes se trouve le Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens adopté en 2015 par l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS), qui a incité la plupart des pays à élaborer des plans d’action nationaux.

Figure aussi la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résistance aux agents antimicrobiens en 2016, où les chefs d’État et de gouvernement se sont engagés à prendre des mesures pour remédier à cette crise. Un groupe de coordination inter-institutions sur la résistance aux antimicrobiens a été créé et chargé de présenter ses recommandations en 2019.

À l’échelle nationale, bien d’autres actions peuvent être prises, notamment la surveillance et la collecte de données, la lutte anti-infectieuse, l’amélioration des diagnostics à l’aide d’outils de diagnostic, l’instauration de nouvelles règlementations et lignes directives sur la commercialisation des médicaments, l’adéquation des pratiques de prescription et de distribution et l’établissement d’un cadre garantissant que les nouveaux antibiotiques sont à la portée de tous à titre gratuit ou à bas prix.

Nous n’en sommes qu’au début de la reconnaissance de la crise de la résistance aux antimicrobiens. Il reste encore beaucoup à faire. Chaque jour qui passe laisse le temps aux bactéries de devenir des superbactéries puis des mégabactéries aux terribles conséquences pour nous tous.

 

Déclaration politique issue de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la résistance aux agents antimicrobiens

La réunion de haut niveau d’un jour organisée par l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 21 septembre 2016, est la première réunion où les chefs d’État et de gouvernement ont abordé la crise de la résistance aux agents antimicrobiens. Nous présentons ci-dessous la Déclaration politique issue de cette réunion.


1- Nous, chefs d’État et de gouvernement et représentants d’États et de gouvernements, réunis au Siège de l’Organisation des Nations Unies à New York le 21 septembre 2016 en application de la résolution 70/183 du 17 décembre 2015 dans laquelle l’Assemblée générale a décidé de tenir en 2016 une réunion de haut niveau sur la résistance aux agents antimicrobiens :Réaffirmons que, face à la résistance aux agents antimicrobiens, l’approche à suivre doit se fonder sur le Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens et ses cinq grands objectifs stratégiques, définis par l’Organisation mondiale de la Santé, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale, qui les ont ensuite adoptés ;

2- Réaffirmons également que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 constitue un cadre de référence qui vise à permettre aux êtres humains de vivre en bonne santé, rappelons les engagements pris pour lutter contre le paludisme, le VIH/sida, la tuberculose, l’hépatite, la maladie à virus Ebola et autres maladies transmissibles et épidémies, notamment en s’attaquant au problème que posent la résistance de plus en grande aux agents antimicrobiens et les maladies négligées qui touchent plus particulièrement les pays en développement, et répétons que la résistance aux agents antimicrobiens compromet la viabilité et l’efficacité des actions de santé publique engagées face à ces maladies et à d’autres, fragilise les acquis en matière de santé et de développement, et entrave la réalisation des objectifs du Programme 2030 ;

3- Considérons que la résistance des micro-organismes bactériens, viraux, parasitaires et fongiques aux médicaments antimicrobiens qui étaient auparavant efficaces pour le traitement des infections s’explique principalement par le mauvais usage qui est fait desdits médicaments dans plusieurs secteurs – santé publique, animaux, alimentation, agriculture et aquaculture –, par les difficultés d’accès aux services de santé, y compris les moyens de diagnostic et d’analyse en laboratoire, ainsi que par la présence de résidus d’agents antimicrobiens dans les sols, les cultures et l’eau. Plus largement, la résistance aux agents antibiotiques, qui sont différents d’autres médicaments, notamment ceux destinés au traitement de la tuberculose, constitue le risque le plus important et le plus pressant sur le plan mondial, et mérite de ce fait une attention accrue et une action plus cohérente aux niveaux international, national et régional ;

4- Considérons également que la résistance aux agents antimicrobiens remet sérieusement en question de nombreux acquis du XXe siècle, en particulier la baisse de la morbidité et de la mortalité liées aux maladies infectieuses à laquelle ont conduit le développement social et économique, l’accès aux services de santé et à des médicaments de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable, l’hygiène, l’eau potable et l’assainissement, la prévention des maladies en et hors établissement de soins, y compris la vaccination, les progrès réalisés en matière de nutrition et d’alimentation saine, les améliorations apportées à la médecine humaine et vétérinaire, et l’arrivée de nouveaux médicaments antimicrobiens et autres ;

5- Savons que ces résultats sont à présent fortement compromis par la résistance aux agents microbiens, qui menace ainsi la mise en place de systèmes de santé résilients et les efforts faits pour atteindre l’objectif d’une couverture sanitaire universelle, les traitements qui pourraient être envisagés pour le VIH, les infections sexuellement transmissibles, la tuberculose et le paludisme, ainsi que d’autres infections contractées en et hors établissement de soins, les progrès enregistrés dans la prévention et la lutte contre les infections en et hors établissement de soins, les avancées réalisées dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage, qui contribuent à préserver la qualité de l’alimentation, ou encore les possibilités offertes pour la prévention et le traitement des maladies infectieuses en médecine vétérinaire ;

6- Savons également que la résistance aux agents antimicrobiens aura pour effet de réduire les possibilités de protéger les personnes les plus exposées à des infections graves mettant leur vie en danger, en particulier les parturientes, les nouveau-nés, les patients souffrant de certaines maladies chroniques, ou ceux qui suivent une chimiothérapie ou qui sont amenés à subir une intervention chirurgicale ;

7- Notons avec préoccupation que la réalisation du droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible, de même que la possibilité pour des millions de personnes d’avoir accès à des services de santé et à des médicaments antimicrobiens de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable, de s’alimenter, de s’approvisionner en eau potable, et de vivre dans un environnement sain, demeurent un objectif lointain, surtout dans les pays en développement ;

8- Notons également avec préoccupation que, si les difficultés d’accès aux services de santé et aux médicaments antimicrobiens que rencontrent actuellement les pays en développement sont à l’origine d’un plus grand nombre de décès que la résistance aux agents antimicrobiens, celle-ci pourrait, si l’on n’applique pas le principe « Un monde, une santé » et que l’on ne fait pas appel à d’autres formes de coopération et d’action multisectorielles, causer des millions de morts dans le monde et avoir d’énormes conséquences sur les plans social et économique ainsi qu’en termes de santé publique à l’échelon planétaire ;

9- Considérons que, pour lutter au mieux contre la résistance aux agents antimicrobiens, il faut prévenir et combattre les infections chez l’homme et l’animal, notamment au moyen de la vaccination, du suivi et de la surveillance de la résistance aux agents antimicrobiens, en assurant l’approvisionnement en eau non polluée et sans risque sanitaire et l’assainissement, et en offrant un environnement sain ; investir dans des systèmes de santé solides offrant une couverture sanitaire universelle ; faciliter l’accès, sur la base de tests de diagnostic, à des médicaments antimicrobiens, nouveaux ou existants, de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable ; mener un effort soutenu de recherche-développement en vue de mettre au point de nouveaux agents antimicrobiens ou des médicaments de substitution, des tests de diagnostic rapide, des vaccins et d’autres importantes technologies, interventions et thérapies ; chercher à offrir des soins de santé physiquement et financièrement accessibles ; et pallier le manque d’investissements dans la recherche-développement, grâce notamment à des mesures d’incitation propres à favoriser l’innovation et à améliorer la santé publique, en particulier dans le domaine des antibiotiques ;

10- Considérons également que la solution au problème de la résistance aux agents antimicrobiens repose essentiellement sur l’action visant à protéger la santé de l’homme conformément au principe « Un monde, une santé », et soulignons que cela suppose une action multisectorielle cohérente, globale et intégrée, puisque la santé de l’homme, de l’animal et de l’environnement forment un tout interdépendant. À cet égard, nous :

  1. Considérons qu’une utilisation prudente de médicaments antimicrobiens efficaces est bénéfique à tous au niveau mondial et qu’il est essentiel, si l’on veut combattre la résistance aux agents antimicrobiens, de permettre aux populations d’avoir accès à des systèmes de santé efficients et résilients, à des médicaments et autres technologies antimicrobiens de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable, de bénéficier d’une alimentation saine et de pouvoir évoluer dans des environnements sains ;
  2. Soulignons que des travaux innovants de recherche fondamentale et appliquée, notamment dans les domaines de la microbiologie, de l’épidémiologie, de la médecine traditionnelle et de la phytothérapie, ainsi que des sciences sociales et comportementales, doivent être entrepris selon qu’il conviendra afin de mieux comprendre la résistance aux agents antimicrobiens et de concourir à la mise au point de médicaments antimicrobiens de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable, et tout particulièrement de nouveaux antibiotiques et de thérapies, vaccins et moyens diagnostiques de substitution ;
  3. Soulignons également la nécessité de veiller à ce que tous les efforts de recherche-développement soient dictés par les besoins, fondés sur des données factuelles, guidés par les principes d’accessibilité financière, d’efficacité, d’efficience et d’équité, et considérés comme une responsabilité partagée. Nous convenons ici qu’il importe de faire en sorte que les coûts d’investissement dans les A/RES/71/3 Déclaration politique issue de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la résistance aux agents antimicrobiens 4/6 travaux de recherche-développement consacrés à la résistance aux agents antimicrobiens soient dissociés des questions de prix et de volume des ventes si l’on veut offrir un accès équitable et abordable aux nouveaux médicaments, moyens diagnostiques, vaccins et autres résultats issus de ces travaux. Nous saluons les innovations et modèles de recherche-développement qui apportent des solutions efficaces au problème de la résistance aux agents antimicrobiens, y compris ceux qui cherchent à favoriser les investissements dans la recherche -développement. Tous les acteurs concernés, dont les pouvoirs publics, les entreprises, les organisations non gouvernementales et les institutions universitaires, devraient continuer à étudier les moyens d’appuyer des modèles d’innovation qui soient de nature à remédier à l’ensemble singulier de problèmes que présente la résistance aux agents antimicrobiens, en particulier le fait déterminant d’utiliser les médicaments antimicrobiens à bon escient et de façon rationnelle, tout en favorisant l’accès à des médicaments d’un coût abordable ;
  4. Soulignons en outre que l’accessibilité physique et financière des médicaments antimicrobiens, vaccins et moyens diagnostiques, existants et nouveaux, devrait être une priorité dans le monde entier et prendre en considération les besoins de tous les pays, dans le droit fil de la Stratégie et du plan d’action mondiaux pour la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle de l’Organisation mondiale de la Santé et dans le respect des mécanismes de suivi arrêtés par celle-ci à l’échelon international ;
  5. Améliorerons le suivi et la surveillance de la résistance aux agents antimicrobiens, et de l’usage fait de ces derniers, afin d’éclairer les politiques en la matière, et collaborerons avec les différentes parties prenantes issues des entreprises, des secteurs de l’agriculture et l’aquaculture, des collectivités locales et du milieu hospitalier pour réduire la présence de résidus antimicrobiens dans les sols, dans les récoltes et dans l’eau ;
  6. Encouragerons le renforcement des capacités, les transferts de technologies à des conditions mutuellement satisfaisantes, ainsi que l’assistance et la coopération techniques en matière de contrôle et de prévention de la résistance aux agents antimicrobiens, de même que le renforcement de la coopération internationale et des moyens de financement aux fins de l’élaboration et de l’exécution de plans d’action nationaux axés notamment sur la surveillance et le suivi, ainsi que sur la consolidation des systèmes de santé et des capacités en matière de recherche et de réglementation, sans mettre en péril la santé ni entraver l’accès aux soins, surtout dans les pays à revenu faible et les pays à revenu intermédiaire ;
  7. Sommes conscients de ce que, pour mieux connaître et faire connaître la résistance aux agents antimicrobiens et toutes ses conséquences, il faut échanger les bonnes pratiques, mettre en commun les résultats obtenus, collaborer avec les médias et les acteurs nationaux et transversaux, et allouer des moyens financiers suffisants à ces activités dans les différents secteurs ;

11- Considérons en outre qu’il importe de tenir compte de la situation et des priorités nationales à tous les niveaux, et d’associer les autorités publiques compétentes à l’élaboration et à l’exécution de plans d’action, politiques et règlements nationaux multisectoriels ainsi que d’initiatives régionales en la matière, en prenant en considération le contexte national, la législation du pays et les compétences respectives des différentes autorités ;

12- Prenons en conséquence l’engagement de nous employer, aux niveaux national, régional et mondial, à :

  1. Élaborer, dans la logique de la résolution 68.7 de l’Assemblée mondiale de la Santé, en date du 26 mai 2015 4 , des plans d’action, programmes et initiatives multisectoriels nationaux qui intègrent le principe « Un monde, une santé » et soient conformes au Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens et à ses cinq grands objectifs stratégiques, en vue de prendre des mesures nationales de nature à encourager la bonne utilisation des antibiotiques chez l’homme et l’animal. L’exécution de ces plans exige une collaboration nationale et internationale qui permette d’évaluer les ressources nécessaires, de mobiliser des investissements techniques et financiers à l’appui de capacités partagées dans les secteurs de la recherche, des travaux de laboratoire et de la réglementation, et d’agir dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle, l’objectif étant de préserver la santé de l’homme, la santé et le bien-être des animaux et l’environnement ;
  2. Mobiliser, par des canaux nationaux, bilatéraux et multilatéraux, des fonds, des ressources humaines et financières et des investissements suffisants, prévisibles et durables qui viennent appuyer l’élaboration et l’exécution de plans d’action nationaux, les activités de recherche-développement consacrées aux médicaments antimicrobiens existants et nouveaux, les moyens diagnostiques, les vaccins et les autres technologies, et renforcer les infrastructures y afférentes, notamment en coopérant avec des banques multilatérales de développement, des mécanismes de financement et d’investissement traditionnels et des mécanismes de financement et d’investissement volontaires innovants, en fonction des priorités et besoins locaux déterminés par les gouvernements et en veillant à ce que la collectivité bénéficie du retour sur investissement ;
  3. Faire le nécessaire pour que les plans d’action nationaux prévoient la création de cadres de surveillance, de suivi et de réglementation efficaces concernant la conservation, l’utilisation et la vente de médicaments antimicrobiens destinés à l’homme et à l’animal, ou, s’il y a lieu, le renforcement de tels cadres, lesquels seront mis en place en tenant compte de la situation nationale et dans le respect des engagements internationaux ;
  4. Lancer, intensifier et poursuivre des activités visant à mieux faire connaître la résistance aux agents antimicrobiens et à sensibiliser différents publics à ce problème afin de susciter et d’encourager un changement des comportements en la matière et de promouvoir les programmes de prévention, de lutte contre les infections et d’assainissement fondés sur des données factuelles, l’utilisation optimale des médicaments antimicrobiens chez l’homme et l’animal et leur prescription mesurée par les professionnels de santé, la participation active des patients, des consommateurs, du grand public et des professionnels de la santé humaine et animale, ainsi que l’éducation, la formation et la certification professionnelles des praticiens de santé, des vétérinaires et des acteurs du monde agricole ; et envisager, s’il y a lieu, des méthodes novatrices de sensibilisation des consommateurs, qui tiennent compte de la situation et des besoins locaux ;
  5. Appuyer, pour répondre au problème de la résistance aux agents antimicrobiens, une action multisectorielle conforme au principe « Un monde, une santé », qui se traduira notamment par l’organisation d’activités de renforcement des capacités fondées sur les besoins en matière de santé publique, par des partenariats public-privé novateurs et par des mesures incitatives et des initiatives de financement, en collaboration avec les acteurs concernés de la société civile, du secteur industriel, des petites et moyennes entreprises, des instituts de recherche et des universités, afin de promouvoir l’accès à de nouveaux médicaments et vaccins de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable, en particulier des antibiotiques, ainsi qu’à des thérapies et médicaments de substitution, et à d’autres thérapies combinées, vaccins et tests de diagnostic ;

13- Invitons l’Organisation mondiale de la Santé, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale, à mettre au point un cadre mondial de développement et de gestion, comme l’a demandé l’Assemblée mondiale de la Santé dans sa résolution 68.7, afin d’apporter son concours à la mise au point, au contrôle, à la distribution et à l’utilisation appropriée de nouveaux médicaments antimicrobiens, outils de diagnostic, vaccins et autres interventions, tout en préservant les médicaments antimicrobiens existants et en s’attachant à faire en sorte que les médicaments antimicrobiens, existants et nouveaux, et les outils de diagnostic soient d’un coût abordable, et ce en tenant compte des besoins de tous les pays et dans le respect du Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens ;

14- Invitons l’Organisation mondiale de la Santé, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale, les banques de développement régionales et multilatérales, notamment la Banque mondiale, les organismes des Nations Unies concernés et d’autres organisations intergouvernementale s, ainsi que la société civile et les parties prenantes multisectorielles, selon qu’il conviendra, à soutenir l’élaboration et la mise en œuvre de plans d’action nationaux ainsi que les activités menées à l’échelle nationale, régionale et mondiale pour lutter contre la résistance aux agents antimicrobiens ;

15- Prions le Secrétaire général de constituer, en concertation avec l’Organisation mondiale de la Santé, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale, un groupe spécial de coordination interinstitutions coprésidé par le Cabinet du Secrétaire général et l’Organisation mondiale de la Santé, en s’appuyant, le cas échéant, sur le savoir-faire des parties prenantes concernées, qui sera chargé de donner des indications pratiques quant aux approches à suivre pour que l’action mondiale menée pour lutter contre la résistance aux agents antimicrobiens soit efficace et durable ; nous le prions également de soumettre, en vue de son examen par les États Membres à la soixante-treizième session de l’Assemblée générale au plus tard, un rapport sur l’application de la présente déclaration et sur les faits nouveaux et recommandations communiqués par le groupe spécial de coordination interinstitutions, où seront notamment proposées des solutions visant à améliorer la coordination, en tenant compte du Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens.

Le Centre Sud et le TWN organisent une réunion majeure sur la résistance aux antimicrobiens en Asie

La résistance aux antimicrobiens (RAM) frappe sévèrement de nombreux pays d’Asie.  Si le problème est mieux reconnu depuis quelques années, dans de nombreux pays la lutte n’en est qu’à ses débuts ; il faudra prendre bien plus de mesures et résoudre plusieurs difficultés liées à la mise en place des plans nationaux pour que de réels progrès sur le terrain aient lieu.

Telle est l’analyse de la situation qui est ressortie d’un atelier de travail régional d’Asie du Sud-Est sur la RAM, auquel 60 personnes ont assisté, dont des décideurs provenant de 10 pays, des représentants de la société civile, des scientifiques et des référents régionaux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) pour ces questions.

L’atelier, qui a eu lieu à Penang (Malaisie) du 26 au 28 mars 2018, était organisé conjointement par le Centre Sud et le Third World Network, avec le soutien du Fleming Fund.  Les décideurs politiques présents représentaient le Cambodge, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, la République démocratique populaire Lao, la Thaïlande et le Viet Nam. Des organisations non gouvernementales (ONG) de la plupart de ces pays, ainsi que de l’Australie, étaient présentes aussi.

C’était une réunion majeure pour plusieurs raisons.  D’abord, des experts de haut niveau spécialisés dans des domaines techniques et politiques, agissant pour la plupart comme référents ou coordonnateurs de comités nationaux chargés des problèmes que pose la RAM, y ont pris part.   Ensuite, la réunion a rassemblé des représentants officiels spécialistes des questions liées à la RAM issus des secteurs de la santé des personnes et des animaux, ce qui est plutôt rare, car généralement les réunions portant sur la RAM réunissent des experts issus d’un seul des deux secteurs.   L’atelier s’inscrivait donc dans l’esprit de l’initiative « Un monde, une santé ».

En outre, des représentants de la société civile œuvrant dans le domaine de la RAM ou, plus généralement, de la santé, ont pris part à l’atelier ; un dialogue a ainsi pu avoir lieu entre le secteur gouvernemental et le secteur non gouvernemental. Il a été reconnu que l’action des deux secteurs est essentielle pour sensibiliser le public et mobiliser le soutien de l’opinion publique dans la lutte contre la RAM.   Enfin, l’atelier a fourni les plus récentes informations sur les faits nouveaux survenus aux échelles mondiale et régionale (apportées par des experts, dont ceux de l’OMS, de la FAO et du Centre Sud), ainsi que sur l’état d’avancement des politiques et actions prises à l’échelle nationale.

C’est le docteur Chong Chee Keong, directeur de contrôle des maladies au Ministère malaisien de la santé, qui a ouvert l’atelier de travail. Il a rappelé à quel point il était important que les pays asiatiques se rallient à la lutte mondiale contre la RAM.  Il a affirmé que la Malaisie s’y attelle déjà, comme le prouve le plan d’action national récemment mis en place par les ministères de la santé et de l’agriculture.

Martin Khor, directeur exécutif du Centre Sud, a expliqué de manière complète pourquoi les pays en développement sont les plus touchés par la RAM et affirmé qu’ils doivent s’associer aux efforts mondiaux pour trouver une solution.  Cependant, leurs intérêts et les problèmes qu’ils rencontrent dans cette entreprise devraient être reconnus pour qu’ils puissent mettre effectivement en place leurs plans nationaux.

Ils ont besoin de pouvoir compter sur la coopération internationale financière et technique afin de créer les institutions et les mécanismes de coordination nécessaires pour prendre les mesures requises, comme la surveillance, le diagnostic, le contrôle des infections, la règlementation des prescriptions, la délivrance et la commercialisation des antimicrobiens en vue de rationaliser l’utilisation des médicaments, ainsi que les mesures pour réduire progressivement l’usage des antimicrobiens en tant qu’accélérateurs de croissance des animaux et leur utilisation dans l’aquaculture et préserver l’environnement des antibiotiques.  Martin Khor a ajouté que la coopération internationale devrait englober l’accès à un prix abordable aux antibiotiques existants et nouveaux, d’une part, et la promotion des modèles d’innovation basés sur la dissociation du coût et des prix, d’autre part, deux éléments qui figurent dans la Déclaration politique issue de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résistance aux agents antimicrobiens.

Pendant une séance portant sur l’état des lieux de la RAM en Asie, les référents régionaux de l’OMS pour les questions liées à la RAM (Socorro Escalante, pour la région Pacifique occidentale, et Tjandra Yoga Aditama, pour l’Asie du Sud-Est) et la référente régionale de la FAO (Katinka de Balogh) ont fait un bilan du problème que pose la RAM pour la santé des personnes et des animaux et ont évoqué le rôle que jouent les organisations qu’ils représentent.  Beverley Snell (Health Action International, Asie-Pacifique) a fait le point sur les plans d’action nationaux contre la RAM présentés par les pays d’Asie et leur mise en œuvre.

Pendant la séance sur l’action et les processus internationaux, Viviana Munoz, Centre Sud, a rappelé les origines et rendu compte de l’état d’avancement des travaux du groupe spécial de coordination interinstitutions créé par l’Assemblée générale des Nations Unies.  Socorro Escalante a présenté le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (GLASS) de l’OMS et son rapport de mise en œuvre le plus récent.  Adam Tregidga a expliqué le rôle du Fleming Fund, une initiative du Ministère de la santé du Royaume-Uni, pour soutenir les activités des pays en développement contre la RAM.

La séance portant sur l’importance du concept « un monde, une santé » a été un des points forts de l’atelier de travail.  Peter Collignon, directeur de ACT Pathology à l’hôpital de Canberra (Australie), a abordé la RAM dans la santé des personnes et des animaux, l’aquaculture et l’environnement et les liens entre ces secteurs.

Il a également fait un exposé sur les Lignes directrices de l’OMS pour l’utilisation chez les animaux de rente destinés à l’alimentation humaine des antimicrobiens importants pour la médecine humaine, publiées en novembre 2017. Peter Collignon a présidé le groupe chargé d’élaborer les lignes directrices selon un processus rigoureux.  Ce sujet a suscité beaucoup d’intérêt, vu les nombreuses questions et observations faites à Peter Collignon pendant cette séance, puis dans les groupes de discussions.

Pendant la séance consacrée aux actions nationales, l’intervenant principal, Christopher Lee (directeur national du service des maladies infectieuses dépendant du Ministère malaisien de la santé) a fait un compte rendu animé et franc du processus qu’un pays doit entamer pour créer un organe de coordination mettant à contribution tous les ministères compétents (en particulier celui de la santé et de l’agriculture) pour mettre en œuvre les mesures contre la RAM.

Viviana Munoz (Centre Sud) a souligné l’importance de l’accès à un prix abordable aux antibiotiques et d’un système approprié qui encourage un modèle d’innovation générant de nouveaux antibiotiques.  Lim Kah Poh (association pharmaceutique malaisienne) a abordé les pratiques de commercialisation visant à promouvoir les antibiotiques et la nécessité de réglementer, et Beverley Snell (Health Action International, Asie-Pacifique) a listé les obstacles devant être surmontés pour rationaliser l’utilisation des antibiotiques.

Deux séances ont porté sur les politiques liées à la RAM et les expériences dans le secteur de la santé des personnes, dans lesquelles sont intervenus : Harry Parathon (président du Comité sur la RAM, Indonésie), Suraya Amir Husin (Ministère malaisien de la santé), Htay Tin (secrétaire générale du Comité national sur la RAM, Myanmar), Li Dachuan (Commission nationale sur la santé, Chine), Nov Vandarith (Ministère cambodgien de la santé), Somphone Soulaphy (Ministère laotien de la santé), Nithima Sumpradit (référente pour les questions de la RAM au sein du Ministère thaïlandais de la santé), Sunil Gupta (Ministère indien de la santé), Cao Hung Thai (Ministère vietnamien de la santé) et Nina Isabelle Tolentino (Ministère philippin de la santé).

Puis ont eu lieu deux séances sur les politiques nationales liées à la RAM dans les secteurs des animaux et de l’alimentation, dans lesquelles sont notamment intervenus : Riana Arief (directrice du Centre d’études analytiques vétérinaires d’Indonésie), Rozanah Asmah Abd Samad (Département malaisien des services vétérinaires), Adela Contreras (Bureau de l’industrie animalière du Ministère de l’agriculture, Philippines), Sasi Jaroenpoj (section pour l’endiguement de la RAM dans le Département du développement de l’élevage, Thaïlande), Le Thi Hue (Services vétérinaires, Viet Nam), Min Thein Maw (Services vétérinaires, Myanmar), Sun Jing (Peking Union Medical College, Chine) et Chea Rortana (National Animal Health and Production Institute, Cambodge).

Il y a ensuite eu une discussion autour des expériences de la société civile en ce qui concerne la RAM, auxquelles ont participé des groupes nationaux d’Inde, d’Indonésie, de Malaisie et de Thaïlande, ainsi que des groupes internationaux et régionaux comme le Third World Network, Antibiotic Resistance Coalition (la coalition contre la résistance aux antibiotiques), ReAct-Asia et Health Action International-Asie Pacific.

Quatre groupes de discussions ont été organisés dans lesquels les participants ont abordé l’état des plans et la coordination de la lutte contre la RAM dans leurs pays, les difficultés rencontrées pour mettre en place des activités et des mesures de contrôle et le type de soutien nécessaire pour progresser plus vite.

Les principales conclusions qui peuvent être tirée des débats ayant eu lieu dans les groupes de discussions et à l’issue des exposés nationaux sont les suivantes :

  • De nombreux progrès ont été faits pour mettre en train la lutte contre la RAM. Des pays ont déjà élaboré leurs plans d’action nationaux et créé leur comité national sur la RAM. Cependant, alors que certains pays ont intégré les secteurs de la santé et de l’agriculture/des animaux dans leur comité, d’autres ne comptent que sur le ministère de la santé.
  • Alors que les ministères de la santé ont engagé de nombreuses actions comme la surveillance et le contrôle des infections, dans de nombreux pays le secteur agricole/ de l’élevage doit encore rattraper son retard.
  • Parmi les signes encourageants, il y a l’interdiction d’utiliser des antibiotiques en tant qu’accélérateurs de croissance du bétail depuis 2018 en Indonésie, une interdiction similaire imposée il y a quelques années au Viet Nam et l’interdiction d’utiliser des antibiotiques comme accélérateurs de croissance dans l’élevage des volailles depuis 2006 en Thaïlande.
  • Dans la plupart des pays, peu de mesures ont été prises en ce qui concerne l’aspect environnemental de la propagation de la RAM. C’est un domaine dans lequel beaucoup reste à faire.
  • Alors que des plans et des lignes directrices ont été élaborés dans de nombreux domaines, la mise en œuvre demeure inadéquate dans la plupart des pays. Les raisons sont diverses et varient selon les pays.  Parmi elles, figurent  l’absence d’établissement de priorités et le manque d’intérêt ou de volonté politique, l’insuffisance de ressources financières et humaines, le manque d’équipement nécessaire au travail de diagnostic, l’absence de pays modèle et de programme de gestion systématique national ou local.
  • Dans de nombreux pays, le problème posé par la RAM dans le secteur des animaux est encore mal compris. Les lignes directrices de l’OMS sur l’utilisation des antibiotiques chez les animaux sont des références utiles et essentielles, car elles prennent en compte les questions liées à la santé des personnes.  Elles devraient être complétées par des lignes directrices communes à l’OMS, la FAO et l’OIE, pour que toutes les organisations internationales compétentes soient mises à contribution.
  • Pour accélérer la mise en place des actions et les progrès, un ou des fonds, disposant de ressources suffisantes, visant à aider les pays en développement à coordonner la lutte contre la RAM et à renforcer leurs capacités techniques et organisationnelles devraient être mis en place.

Dans la dernière séance de travail (et dans les formulaires de satisfaction), les participants ont souligné qu’il avait été utile pour eux d’échanger leurs expériences et les meilleures pratiques et d’avoir participé à un événement réunissant des représentants de divers pays et de divers secteurs (santé des personnes, santé animale et alimentation, secteurs gouvernemental et non gouvernemental). Nombreux sont ceux qui ont également souligné l’importance de faire une large place au secteur des animaux, et de suivre notamment l’exemple du Viet Nam et de l’Indonésie qui ont interdit l’utilisation des antibiotiques comme accélérateurs de croissance des animaux.  Les participants ont manifesté leur intérêt pour l’organisation de débats autour de la RAM et de l’environnement.

Concernant le suivi, les participants souhaiteraient que le Centre Sud et le TWN organisent des ateliers de travail de manière régulière ou annuelle afin d’être tenus au courant des progrès accomplis dans les pays et souhaiteraient former une communauté de pratique ou une coalition asiatique pour la lutte contre la RAM et élaborer un plan d’action asiatique.

Du matériel de formation a été produit pour l’atelier, notamment six dossiers (compilation d’articles utiles) : sur la RAM en général, sur les lignes directrices et processus internationaux pour lutter contre la RAM, sur la résistance aux antibiotiques et le rôle de l’agriculture et de l’alimentation dans l’élevage, sur la résistance à la colistine et le gène mcr-1, et les ouvrages When Medicines Don’t Work Anymore (Martin Khor) et Revenge of the Killer Germs (une réédition d’un livre publié par l’association des consommateurs de Penang en 1996).

Pendant la séance de clôture, le directeur du Centre Sud Martin Khor a dit que les organisateurs souhaitaient compiler les exposés de chaque séance dans un ouvrage.  Un compte-rendu de l’atelier sera dressé et une mise à jour des dossiers sera faite.  Il a conclu en annonçant qu’un l’atelier sur la RAM, centré sur les pays d’Asie du Sud, serait organisé en Asie en 2019.

Les difficultés et les besoins des pays en développement doivent être au centre de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens qui menace le monde

Les pays en développement seront les plus touchés par le problème de la résistance aux antimicrobiens ; pourtant, ils ne sont pas prêts à y faire face. C’est notamment ce qu’a défendu Martin Khor dans un rapport présenté au groupe d’experts de la réunion de haut-niveau des Nations Unies sur la résistance aux antimicrobiens qui s’est tenue en septembre 2016 et mis à jour pour l’atelier de travail sur la résistance aux antimicrobiens en Asie qui a eu lieu en mars 2018.

Par Martin Khor, Centre Sud


La résistance aux antimicrobiens est devenue une crise sanitaire majeure dans le monde entier

La résistance aux antimicrobiens (RAM) est un problème majeur et grave. Elle est peut-être le plus grand problème de santé publique dans le monde à l’heure actuelle, de même que les changements climatiques sont le problème environnemental numéro un.

La résistance aux antimicrobiens s’entend de la résistance d’un micro-organisme à un médicament antimicrobien qui, auparavant, traitait efficacement les infections causées par ce micro-organisme.  Les micro-organismes résistants (bactéries, champignons, virus et parasites) sont capables de repousser les attaques d’un agent antimicrobien, tels que des médicaments antibactériens (par exemple, des antibiotiques), des antifongiques, des antiviraux et des antipaludéens, si bien que les traitements de base deviennent inefficaces et les infections persistent, augmentant le risque de contagion à d’autres.

La résistance des bactéries et d’autres microbes aux antibiotiques et à d’autres médicaments est un processus naturel, car les microbes à l’origine des maladies évoluent en fonction des médicaments.  Toutefois, pour plusieurs raisons le taux de résistance s’accélère et l’ampleur de la résistance grandit : l’utilisation inappropriée des antibiotiques, à cause de prescriptions et de délivrances inadéquates, les méthodes inappropriées de commercialisation et de promotion des ventes, une mauvaise information des patients, l’utilisation inappropriée et généralisée des antibiotiques dans l’agriculture et l’élevage, qui contribue à transférer la résistance des microbes aux personnes, la propagation de la résistance par l’environnement, et l’existence de certains gènes dont la fonction est d’accélérer et de propager la résistance au sein des bactéries, qui accroissent le taux et l’ampleur de la résistance chez de nombreuses espèces de bactéries à l’origine de certaines maladies.

La RAM est un problème mondial, qui se manifeste par le fait que de nombreux pathogènes acquièrent une résistance à de nombreux antibiotiques.  Comme l’ont fait savoir de hauts fonctionnaires du domaine de la santé publique et des scientifiques réputés, nous entrons dans une ère sans antibiotiques dans laquelle il est de plus en plus difficile de traiter des maladies courantes et dangereuses.  L’incidence de la multirésistance a fortement augmenté, au point qu’il n’existe presque plus de remède à certaines maladies.   En 2012, Margaret Chan, alors directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a averti que tous les antibiotiques existants risquaient de devenir inutiles.  « Une ère post-antibiotiques signifie, dans les faits, la fin de la médecine moderne telle que nous la connaissons.  Des cas aussi courants qu’une angine ou que le genou écorché d’un enfant pourraient à nouveau être mortels », a-t-elle dit.     En 2013, la principale conseillère du gouvernement britannique pour les questions de santé, Sally Davies, a mis en garde contre une catastrophe du fait de l’ampleur de la propagation de la RAM et a dit craindre le retour à une situation similaire à celle du XIXe siècle où de nombreuses maladies ne pouvaient pas être traitées.

La réunion de haut-niveau des Nations Unies et la déclaration politique sur la RAM qui en a découlé

Le 21 septembre 2016, l’adoption d’une déclaration politique sur la RAM par les chefs d’État et de gouvernement dans une réunion de haut niveau a été une avancée mondiale décisive.  La déclaration a ensuite été officiellement adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies.

De nombreux dirigeants politiques et ministres se sont exprimés pendant la réunion sur la nécessité de lutter contre la RAM.  Dans la déclaration politique, la résistance aux antibiotiques est considérée comme « le risque le plus important et le plus pressant sur le plan mondial » et il est admis qu’elle « remet sérieusement en question de nombreux acquis du XXe siècle en particulier la baisse de la morbidité et de la mortalité liées aux maladies infectieuses […] »   Il s’agit de la toute première déclaration dans laquelle les chefs d’État et de gouvernement de tous les pays reconnaissent le problème que pose la RAM et s’engagent à agir.

Ils soulignent la nécessité pour les pays en développement d’obtenir des ressources financières et le fait que « l’accessibilité physique et financière des médicaments antimicrobiens, vaccins et moyens diagnostiques, existants et nouveaux, devrait être une priorité dans le monde entier ».

S’agissant de l’innovation, ils reconnaissent qu’il est important que les coûts d’investissement dans les travaux de recherche-développement soient dissociés des questions de prix et de volume des ventes en vue d’offrir un accès équitable et abordable aux nouveaux médicaments, moyens diagnostiques et vaccins.

Les déclarants ont constitué un groupe spécial interinstitutions (co-présidé par le Cabinet du secrétaire général des Nations Unies et l’Organisation mondiale de la Santé) chargé de donner des indications pratiques concernant l’action mondiale pour lutter contre la RAM et ont prié le secrétaire général de soumettre un rapport sur l’application de la déclaration et de faire d’autres recommandations.

En 2017, le groupe de coordination interinstitutions a été constitué par le secrétaire général pour donner suite à la déclaration.  Il est composé d’experts (issus pour beaucoup de ministères de la santé) et de représentants d’organismes des Nations Unies ou d’autres organisations.  Le groupe suit un plan d’action et s’est réuni trois fois jusqu’à présent.  Il a également formé six sous-groupes chargés de faire des analyses et des recommandations. Il soumettra son rapport au secrétaire général, lequel présentera son propre rapport à l’Assemblée générale des Nations Unies en 2019.   Il tiendra d’autres consultations avec les États membres et avec les groupes d’intérêt public.  Il est important que les décideurs et les organisations non gouvernementales (ONG) de pays en développement travaillent de concert avec le groupe de coordination interinstitutions.

La participation des pays en développement dans la lutte mondiale contre la RAM est capitale

Il faut s’attendre à ce que les pays développés prennent les rennes de la lutte mondiale contre la RAM.  Ils disposent de plus grandes ressources financières et ont de meilleures connaissances scientifiques, de plus grandes capacités de recherche et de plus nombreuses technologies, ainsi que de plus importantes capacités institutionnelles et organisationnelles, y compris dans le secteur de la santé.

Or, les pays en développement devront jouer un rôle primordial dans la lutte mondiale contre la RAM, car c’est dans les pays en développement que se trouve la plus grande partie de la population mondiale, que le nombre de personnes touchés par des maladies pharmacorésistantes est le plus élevé (et, dans certains pays, que l’incidence est la plus forte) et que les plus nombreux patients infectés par des agents pathogènes porteurs de gènes spécialisés dans la propagation de la résistance ont été recensés.  En outre, dans un monde de plus en plus mondialisé où les échanges commerciaux et les déplacements transfrontaliers sont élevés, la pharmacorésistance des bactéries et des maladies peut aisément se propager.

C’est pourquoi, les besoins et intérêts spécifiques des pays en développement doivent être au centre des priorités de la lutte mondiale contre la RAM pour des résultats efficaces.

Les pays en développement sont de plus en plus conscients du problème que pose la RAM

Les dirigeants politiques et les hauts fonctionnaires du domaine de la santé publique dans les pays en développement sont de plus en plus conscients du problème que pose la RAM.

À l’occasion de la réunion au sommet du Groupe des 77 et de la Chine, qui compte environ 130 pays en développement membres, à Santa Cruz (Bolivie) en mai 2014, les dirigeants politiques ont adopté une déclaration qui indiquait notamment au paragraphe 66 :

« Nous sommes préoccupés par le problème de plus en plus grave que constitue la résistance aux antimicrobiens, notamment aux antituberculeux et aux antipaludéens, qui fait que de plus en plus de patients, surtout dans les pays en développement, risquent de mourir de maladies évitables ou curables. Nous exhortons les autorités et les organisations sanitaires internationales, en particulier l’Organisation mondiale de la Santé, à prendre d’urgence des mesures et à œuvrer de concert avec les pays en développement qui en font la demande et qui ne disposent pas des ressources suffisantes pour régler ce problème. »

Pourtant, dans la plupart des pays en développement, le public n’est pas assez informé de la menace que représente la RAM, et la lutte coordonnée et systématique n’en est qu’à ses débuts.  Il reste donc encore beaucoup à faire.

La population des pays en développement est la plus touchée par la RAM

La population des pays en développement sera la plus touchée par la RAM.  Selon l’étude réalisée pour le compte du Royaume-Uni sous le nom de Review on the Antimicrobial Resistance, à l’heure actuelle 700 000 décès par an sont dus à la RAM (sachant qu’il ne s’agit que de l’estimation basse).  En 2050, le nombre de décès par an liés à la RAM pourrait atteindre 10 millions : 390 000 décès en Europe, 317 000 en Amérique du Nord, 22 000 en Océanie, 4,7 millions en Asie, 4,2 millions en Afrique et 392 000 en Amérique latine.

La majorité des personnes concernées par la RAM, pour la plupart des maladies, habitent dans les pays en développement.  Dans son rapport final (2014 : p.9), le groupe de travail conclu que « les pays où les taux de paludisme, du VIH et de tuberculose sont déjà élevés seront particulièrement concernés par la hausse de la résistance aux traitements courants ».  Les pays où les risques sont particulièrement élevés sont notamment l’Inde, le Nigéria et l’Indonésie (pour ce qui est du paludisme) et la Russie (pour ce qui est de la tuberculose), ainsi que l’Afrique qui sera probablement très affectée car la coexistence du VIH et de la tuberculose qui tend à s’empirer.

Le groupe estime également que 300 millions de décès prématurés seront dus à la résistance aux médicaments en l’espace de 35 ans (2015-2050) et que le produit intérieur brut (PIB) mondial sera entre 2 et 3,5 % plus bas qu’il ne devrait en 2050. D’ici à 2050, les pertes économiques dans le monde pourraient atteindre entre 60 000 milliards et 100 000 milliards de dollars si le problème de la RAM n’est pas solutionné.   Les pertes de production cumulées des pays membre de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) devraient représenter entre 20 000 et 35 000 milliards de dollars d’ici à 2050, ce qui veut dire que les pertes des pays non membres de l’OCDE seront comprises entre 40 000 à 65 000 milliards de dollars, soit les deux tiers des pertes mondiales.

L’exemple de la tuberculose est parlant.  Le groupe de travail de la Review on Antimicrobial Resistance (2016) a mis en exergue qu’environ un quart des 10 millions de décès qui pourraient être liés à la résistance aux médicaments chaque année jusqu’en 2050 seront causés par des souches de tuberculose multirésistante.   La plupart des cas et des décès provoqués par des formes multirésistantes de la tuberculose auront lieu dans les pays en développement, même si cette maladie sévit aussi dans les pays développés.

De même, la majorité des personnes concernées par la résistance accrue aux antipaludéens et aux traitements de première intention contre le sida résident dans les pays en développement.   Les agents pathogènes de plus en plus résistants aux antibiotiques puissants (e-coli, Klebsiella pneumoniae, staphylocoque doré, salmonelles, shigella, gonorrhée) sont endémiques dans les pays en développement.

D’un côté, les décideurs politiques et la population des pays en développement devraient, par conséquent, prendre conscience que le problème de la RAM sévit principalement dans leur pays et doivent lui accorder la plus haute importance. De l’autre, la communauté internationale doit s’intéresser particulièrement aux besoins des pays en développement et les aider dans la lutte contre la RAM.

Ces dernières années, on a découvert au moins deux types de gènes (NDM-1 et MCR-1) ayant pour caractéristique de rendre les bactéries ultra résistantes aux médicaments et de pouvoir passer d’une espèce de bactérie à une autre par un transfert horizontal de gènes.  Les bactéries porteuses de ces gènes ont d’abord été trouvées dans les pays en développement et leur présence a ensuite été confirmée dans de nombreux autres pays.  La découverte du NDM-1 et du MCR-1 renforce l’urgence de prendre des mesures contre la résistance aux antimicrobiens.

Les pays en développement se heurtent à de nombreuses difficultés dans la lutte contre la RAM

Les pays en développement se heurtent à de nombreuses difficultés dans la lutte contre la RAM.  La prise de conscience, l’expertise, les ressources financières, l’équipement technique, le personnel et la volonté politique de prendre toutes les actions nécessaires leur font défaut.  Des obstacles importants se dressent devant la mise en œuvre de plans d’action contre la RAM.

Une autre difficulté tient au fait que la RAM est un problème qui englobe plusieurs secteurs et, par conséquent, plusieurs ministères ou services gouvernementaux.  La source du problème doit être traitée par les ministères de la santé, de l’agriculture et de l’élevage et de l’environnement,  tandis que les services de l’éducation et de l’information sont compétents pour sensibiliser le public.  Il est nécessaire que tous ces ministères contribuent à la lutte pluridimensionnelle contre la RAM.  Pour obtenir l’adhésion et la coopération des divers secteurs, les dirigeants politiques au plus haut niveau doivent prendre position et faire preuve de beaucoup de volonté.  Ce n’est pas une tâche facile.

Qui plus est, les pays en développement ont d’autres problèmes très importants pour lesquels des ressources et des actions sont nécessaires.  Si la RAM est une cause majeure de mortalité, elle est aussi discrète ; elle n’est pas aussi visible que d’autres problèmes sanitaires ou autres (comme la malnutrition, les flambées infectieuses et les épidémies, les conflits et le terrorisme, les inondations, la sècheresse, la pénurie d’eau et les changements climatiques, le chômage, la pauvreté, les migrations et les réfugiés).

Les financements et le nombre de fonctionnaires étant limités, la lutte contre la RAM se voit difficilement attribuer les ressources et l’attention qu’elle mérite.

Les pays en développement ont besoin de pouvoir obtenir à un prix abordable des antibiotiques et d’autres antimicrobiens connus et nouveaux

L’accès à un prix abordable aux antimicrobiens, y compris ceux déjà existants et ceux qui seront mis au point plus tard, est un autre sujet de préoccupation majeur des pays en développement.  Même quand les médicaments ne sont pas brevetés et que les génériques livrent concurrence, de nombreux patients démunis n’ont pas les moyens de se procurer les traitements.  Si les antimicrobiens sont brevetés, les prix gonfleront et constitueront une entrave à l’accès aux médicaments.  Face à la résistance qui grandit, des médicaments de deuxième et troisième intention sont nécessaires pour soigner des maladies connues ; or ces nouveaux traitements seront certainement brevetés et vendus à prix élevés.

Il existe plusieurs exemples d’antimicrobiens nouvellement mis au point dont le prix exorbitant est un obstacle à leur obtention.

  • Deux nouveaux médicaments contre des formes de tuberculose multirésistantes, recommandés par l’OMS, sont sur le marché depuis quatre ans ; pourtant, seuls 4 800 patients ont pu les utiliser en 2016, d’après Médecins Sans Frontières (MSF). À peine 469 patients ont été traités avec le delamanid et un tout petit peu plus de 4 300 patients ont été traités avec la bedaquiline.  Moins de 5 % des personnes ayant besoin d’être traités avec ces médicaments en ont donc bénéficié, tandis que les autres ont suivi des thérapies plus anciennes et plus toxiques dont le taux d’efficacité n’est que de 50 % et les effets secondaires sont sévères.  Plus d’un demi-million de personnes ont été infectées par une forme de tuberculose multirésistante en 2015. En 2016, MSF a déclaré que le traitement de delamanid seul dans les pays en développement coûtait 1 700 dollars par personne, et a lancé un appel pour une baisse de prix de 98 %. Pour traiter la tuberculose multirésistante, le delamanid doit être combiné à d’autres médicaments, sachant que les protocoles de soins, sans le delamanid, coûtent déjà entre 1 000 et 4 500 dollars par cure au plus bas prix dans les pays en développement, ce qui est beaucoup trop cher pour les États.  L’objectif de prix préconisé par MSF est de 500 dollars par cure.
  • Les prix des traitements de deuxième et troisième intention contre le sida sont beaucoup plus élevés que ceux de première intention. Les patients pour lesquels les traitements de première intention ne sont plus efficaces (à cause de la résistance) doivent se tourner vers des médicaments plus récents, mais se heurtent aux contraintes de prix et d’accès.  D’après MSF, en 2015, le prix le plus bas pour une trithérapie de première intention en dose fixe (tenofovir+emtricitabine+efavirenz) était de 100 dollars par personne et par an.  Tandis que le prix le plus bas pour une trithérapie plus récente (raltegravir+darunavir+etravitine), ou trithérapie de rattrapage , dont ont besoin les patients qui n’ont plus d’autres choix était de 1 859 dollars par personne et par an ; c’est 18 fois plus cher qu’une thérapie de première intention et plus de 6 fois plus cher que les combinaisons de deuxième intention.  MSF a montré que les prix des antirétroviraux connus continuent de baisser alors que les traitements plus récents demeurent hors de prix. La cause réside principalement dans les monopoles détenus par les laboratoires pharmaceutiques qui bloquent l’ouverture à la concurrence qui baisserait les prix.
  • Une cure de sofosbuvir, un nouveau médicament contre l’hépatite C mis sur le marché aux États-Unis, coûte 80 000 dollars. Dans les pays en développement à revenu intermédiaire auxquels le laboratoire pharmaceutique (Gilead) n’a pas accordé de licence volontaire, le prix varie entre 10 000 et 40 000 dollars. Le sofosbuvir, généralement combiné à un autre médicament, a un taux d’efficacité de 95 % et a moins d’effets secondaires que des protocoles plus anciens dont le taux d’efficacité est également plus faible.  Or, le sofosbuvir est inabordable pour la plupart des patients et des autorités publiques des pays en développement (tout comme des pays développés).  Les prix sont restés élevés à cause du brevet détenu par Gilead.  En 2017, la Malaisie a délivré une licence obligatoire pour le sofosbuvir.  Depuis, une entreprise locale importe d’Égypte une version générique du sofosbuvir.  D’après le ministre de la santé, les plus bas prix proposés par Gilead pour vendre le sofosbuvir à la Malaisie s’élevaient à 50 000 ringgits.  À l’heure actuelle, la Malaisie peut obtenir la version générique à 1 000 ringgits (250 dollars) par patient.  Le traitement combiné sofosbuvir et daclastavir peut être obtenu gratuitement dans les hôpitaux publics ; les autorités publiques en supporteront le coût.  Avant cela, les patients devaient débourser 300 000 ringgits par cure. En Malaisie, 400 000 personnes sont atteintes d’hépatite C. D’après la presse, 23 000 patients figurant sur une liste dressée par le ministère de la santé seront traités par vague, sachant que 2 000 d’entre eux le seront en 2018.

Ces trois exemples montrent que l’accès aux antimicrobiens nouvellement mis au point sera essentiel.  Les nouveaux antibiotiques devraient être considérés comme des biens publics mondiaux accessibles au public, en particulier dans les pays en développement qui n’ont pas les ressources financières pour se les procurer s’ils sont vendus à des prix de monopole.

Les pays en développement doivent également pouvoir acquérir à des prix raisonnables les vaccins et le matériel de laboratoire et de diagnostic.

En outre, l’accès fiable et à un prix abordable ne doit pas uniquement concerner les nouveaux antimicrobiens, mais aussi ceux déjà connus.  De nombreux habitants des pays en développement ne peuvent toujours pas se procurer les médicaments déjà existants, soit parce que ceux-ci ne sont pas disponibles sur le marché ou dans les hôpitaux publics, soit parce qu’ils n’en ont pas les moyens.  D’après des groupes de parties prenantes, dont ReAct, le nouveau partenariat mondial en matière de recherche-développement pour les antibiotiques (GARP) et la  Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses (ESCMID), dans un article d’opinion publié dans la revue spécialisée The Lancet Infectious Diseases, la production et l’offre non durables des anciens antibiotiques est en passe de devenir un grave problème mondial qui restreint encore les options de traitement pour des infections bactériennes courantes et qui aggrave la crise mondiale de la résistance aux antibiotiques.   D’après Thomas Tangden, l’un des auteurs et directeur médical de ReAct, des pénuries et des brusques hausses des prix des antibiotiques ont été observées, ce qui montre la fragilité du système d’approvisionnement, qui pourraient notamment générer une aggravation des résultats cliniques, une accélération de la propagation de la résistance et la hausse des coûts pour les individus et la société tout entière.

Quand les brevets sont un frein à l’accès aux médicaments, les pays ont la possibilité de recourir aux flexibilités ménagées dans l’Accord de l’OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), notamment définir des critères de brevetabilité qui rehaussent la qualité des brevets en ne prévoyant la délivrance de brevets que pour les véritables inventions et accorder des licences obligatoires ou l’utilisation de brevets à des fins publiques pour accroître la concurrence sur le marché en autorisant la production et l’importation de génériques.  Or, les pays qui appliquent leur droit de recourir aux flexibilités se heurtent souvent à une forte opposition des laboratoires et des autorités publiques du pays d’origine.  Or le droit légitime de recourir aux flexibilités ne devrait pas être refusé.

Il est important d’accorder une place centrale au principe d’accès dans l’évaluation et la création de modèles de recherche et de mise au point de nouveaux antimicrobiens.

La déclaration politique sur la RAM met l’accent sur l’accès. En effet, l’accès aux antimicrobiens existants et nouveaux de prix abordables y est mentionné, à plusieurs reprises, comme un principe et un objectif importants.

Le financement et l’accès occupent une place centrale dans la déclaration politique issue de la réunion de l’AGNU

La déclaration politique issue de la réunion de haut niveau de l’AGNU sur la RAM insiste fortement sur le renforcement des capacités, l’accès aux médicaments, le transfert de technologie et le soutien financier aux pays en développement.  À l’alinéa d) du paragraphe 10, les chefs d’États et de gouvernement soulignent « que l’accessibilité physique et financière des médicaments antimicrobiens, vaccins et moyens diagnostiques, existants et nouveaux, devrait être une priorité ».  À l’alinéa f) du paragraphe 10, ils encouragent « le renforcement des capacités, les transferts de technologies à des conditions mutuellement satisfaisantes, ainsi que l’assistance et la coopération techniques en matière de contrôle et de prévention de la résistance aux agents antimicrobiens, de même que le renforcement de la coopération internationale et des moyens de financement aux fins de l’élaboration et de l’exécution de plans d’action nationaux axés notamment sur la surveillance et le suivi, ainsi que sur la consolidation des systèmes de santé et des capacités en matière de recherche et de réglementation, sans mettre en péril la santé ni entraver l’accès aux soins, surtout dans les pays à revenu faible et les pays à revenu intermédiaire ». À l’occasion de l’AMS en 2017, plusieurs pays en développement, dont le Brésil et l’Inde, ont souligné la nécessité de faire de l’accès aux antibiotiques et aux moyens diagnostiques, nouveaux et anciens, une question prioritaire, car le contrôle et la distribution des antibiotiques ne suffisent pas.  Ils ont aussi insisté sur la nécessité de recourir à des modèles d’innovation fondés sur le principe de dissociation pour veiller à ce que le prix des médicaments soit abordable.  Si l’accès et le principe de dissociation ont été au centre de la déclaration politique issue de la réunion de l’AGNU, d’après le Brésil, ces deux éléments n’ont pas trouvé la reconnaissance qu’ils méritent dans le cadre mondial de développement et de gestion.

Il est nécessaire de concevoir un modèle d’innovation compatible avec l’accès aux nouveaux antibiotiques

La mise au point de nouveaux antimicrobiens, moyens diagnostiques, vaccins et autres produits est un élément capital de la lutte contre la RAM.  Il y a des problèmes profonds dans les activités de recherche-développement (R-D) concernant les antibiotiques.  L’un d’entre eux est que les découvertes de nouvelles catégories d’antibiotiques ont été très faibles, voire inexistantes, au cours des vingt ou trente dernières années, et que très peu de nouveaux produits faisant l’objet de recherches sont prometteurs.   Cela est notamment dû au fait que les antibiotiques génèrent moins de profits que les médicaments utilisés pour traiter des maladies de longue durée.

L’autre problème est que dans le modèle de R-D dominant le prix des médicaments est lié au coût des activités de R-D, dans lequel les laboratoires se voient accorder des brevets ; par conséquent, les nouveaux médicaments sont très coûteux et inabordables pour la plupart des individus dans les pays en développement.  Il est donc impératif de concevoir un modèle de R-D qui soit compatible avec l’accès aux médicaments, qui dissocie le coût de l’innovation du prix des nouveaux médicaments et des volumes de vente.  Il est généralement fait référence à ces modèles comme des modèles d’innovation fondés sur le principe de dissociation.

Il y a au moins deux courants de pensée sur le type de modèle qu’il faut encourager.  Certains souhaitent poursuivre le modèle dominant tout en stimulant davantage les laboratoires en leur octroyant plus de subventions aux activités de R-D et en prolongeant la durée de protection des brevets couvrant les nouveaux antibiotiques, dans le but que ces mesures offrent de meilleures perspectives aux grands laboratoires pharmaceutiques et donnent lieu à la mise au point de nouveaux produits.  L’inconvénient de ce modèle est qu’il étend la période de monopole et d’application des prix élevés et, par conséquent, qu’il aggrave le problème liés à l’accès.

D’autres souhaitent créer un fonds public financé par les États et des dons d’organismes de bienfaisance, afin que le coût de l’innovation ne soit plus supporté par les laboratoires.  Les droits de propriété des nouveaux produits reviendraient au fonds public ou aux organismes de bienfaisance, qui auraient la possibilité de délivrer des licences gratuites aux laboratoires ou instituts, au moins à ceux des pays en développement, ou de délivrer des licences aux laboratoires à condition que l’accès aux nouveaux produits soit facilité. Ainsi, le coût de l’innovation serait dissocié du prix des nouveaux produits, qui pourrait être fixé à des niveaux abordables.  L’OMS a étudié les possibilités qui existent d’instaurer de nouveaux partenariats favorisant les modèles de R-D ouverts inscrits dans une logique de collaboration. Elle travaille de concert avec l’Initiative sur les médicaments pour les maladies négligées (DNDi) pour mettre en place un partenariat à but non lucratif, à savoir le Partenariat mondial sur la recherche-développement en matière d’antibiotiques, afin de mettre au point des antibiotiques vendus à un prix abordable qui seront également soumis à un plan de conservation.

La déclaration politique sur la RAM adoptée par les dirigeants politiques à la réunion de haut niveau de l’AGNU appuient résolument les activités de R-D qui sont étroitement liées à l’accès aux médicaments et qui suivent un modèle fondé sur le principe de dissociation.  Elle contient un long paragraphe (alinéa c) du paragraphe 10) portant sur la R-D, dans lequel les chefs d’État et de gouvernement soulignent « la nécessité de veiller à ce que tous les efforts de recherche-développement soient dictés par les besoins, fondés sur des données factuelles, guidés par les principes d’accessibilité financière, d’efficacité, d’efficience et d’équité, et considérés comme une responsabilité partagée » et conviennent pour cela « qu’il importe de faire en sorte que les coûts d’investissement dans les travaux de recherche-développement consacrés à la résistance aux agents antimicrobiens soient dissociés des questions de prix et de volume des ventes si l’on veut offrir un accès équitable et abordable aux nouveaux médicaments, moyens diagnostiques, vaccins et autres résultats issus de ces travaux. »

Le groupe de haut niveau sur l’accès aux médicaments mis en place par le secrétaire général de l‘Organisation des Nations Unies insiste, dans son rapport, sur le fait que « les modèles d’innovation basés sur le marché pour la résistance aux antimicrobiens ne sont pas viables. Pour permettre à la recherche-développement de résoudre la question de la résistance aux antimicrobiens et les difficultés associées, les financements doivent être concrétisés via des modèles de dissociation. En effet, la question de la résistance aux antimicrobiens représente un contexte important et incontestable dans lequel il est possible d’explorer pleinement la viabilité des modèles d’innovation en matière de dissociation. »

Résumé des éléments nécessaires pour répondre aux besoins des pays en développement

Les programmes portant sur la mise en œuvre des mesures de lutte contre la RAM devraient notamment reposer sur :

  • Une prise en compte pleine et entière des difficultés et des besoins des pays en développement
  • Une forte coopération internationale pour renforcer les capacités des pays en développement dans la lutte contre la RAM
  • La mobilisation des ressources financières nécessaires au renforcement des capacités et à la mise en œuvre des plans d’action contre la RAM dans les pays en développement
  • La création d’un fonds mondial consacré au renforcement des capacités des pays en développement dans le domaine de la RAM, hébergé par l’ONU, et lié à la mise en œuvre du Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens. Entre temps, les États devraient être encouragés à créer leur propre fonds ou à consacrer une partie de l’aide publique au développement (APD) à l’aide aux pays en développement dans la lutte contre la RAM.
  • Le transfert de technologie et l’apport de matériel technique, y compris des outils diagnostiques et des savoir-faire, aux pays en développement sous forme de subventions ou à des conditions avantageuses.
  • La garantie d’un accès à un prix abordable aux antimicrobiens, vaccins et moyens diagnostiques, existants et nouveaux, en particulier pour les populations des pays en développement.
  • La mise au point et la promotion des modèles de R-D qui dissocient le prix des antimicrobiens et d’autres produits du coût de la R-D, y compris si les coûts de l’innovation sont financés par des fonds publics et des organismes de bienfaisance et la garantie que les licences pour fabriquer les nouveaux produits soient mises à disposition à bas prix, au moins pour les laboratoires et institutions des pays en développement.

Un soutien aux pays en développement pour renforcer leurs capacités et financer toutes les activités visant à lutter contre la RAM à l’échelle nationale, notamment la prévention des infections, l’utilisation appropriée des antibiotiques, l’élaboration et la mise en application de nouvelles réglementations en matière de commercialisation, de prescription et de distribution des médicaments, la réforme de l’utilisation des antibiotiques dans l’agriculture, l’amélioration des pratiques en milieu hospitalier, la sensibilisation du public, etc.


Principaux faits concernant la résistance aux antimicrobiensPrincipaux faits concernant la résistance aux antimicrobiens

Dans une fiche récapitulative, l’OMS décrit l’ampleur de la résistance aux antimicrobiens, dont voici le résumé en date de janvier 2018 :

  • La résistance aux antimicrobiens compromet la prévention et le traitement efficaces d’un nombre croissant d’infections dues à des bactéries, des parasites, des virus et des champignons.
  • Les patients atteints d’infections dues à des bactéries résistantes sont exposés à un risque accru de dégradation de l’issue clinique et de mortalité par rapport aux patients infectés par des souches non résistantes des mêmes bactéries. Il faut aussi leur consacrer davantage de ressources de santé que pour les patients infectés par des souches non résistantes des mêmes bactéries.
  • Le taux de résistance aux antibiotiques chez les bactéries responsables d’infections courantes (comme celles des voies urinaires, des poumons et du sang) est élevé dans toutes les régions du monde.
  • La résistance de Klebsiella pneumoniae(une bactérie intestinale commune pouvant provoquer des infections potentiellement mortelles) aux antibiotiques de dernier recours (les carbapénèmes) s’est propagée dans toutes les régions du monde.   Dans certains pays et à cause de cette résistance, les carbapénèmes ne sont plus efficaces pour la moitié des patients traités pour des infections à  pneumoniae .  K. pneumoniae est une cause majeure d’infections nosocomiales : pneumonies, septicémies et infections des nouveau-nés et des patients en unité de soins intensifs.
  • La résistance d’ colià certains des médicaments les plus largement utilisés pour traiter les infections des voies urinaires (les fluoroquinolones) est très répandue.  Dans de nombreuses régions du monde, il y a des pays où ce traitement est désormais inefficace chez plus de la moitié des patients.
  • Un taux élevé d’infections contractées en milieu hospitalier est dû à des bactéries très résistantes, comme le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) ou des bactéries à Gram négatif résistantes à de multiples antibiotiques. On estime que les personnes ayant un SARM ont une probabilité 64 % plus élevée de mourir que celles qui ont une forme non résistante de cette infection, qui est une cause courante d’infections graves contractées aussi bien dans les hôpitaux que dans les communautés.
  • En 2016, il y a eu 490 000 nouveaux cas de tuberculoses multirésistantes. Seul un quart de ces cas ont été détectés et notifiés. La tuberculose ultrarésistante a été identifiée dans 121 pays. La tuberculose multirésistante demande des protocoles thérapeutiques beaucoup plus longs et moins efficaces que pour la tuberculose non résistante. Chez les nouveaux cas de tuberculose en 2016, 4,1% avaient une tuberculose multirésistante (la proportion chez les personnes déjà traitées pour cette maladie passe à 19 %.) On estime que 6,2 % des personnes atteintes de tuberculose multirésistante ont en fait une tuberculose ultrarésistante.
  • En juillet 2016, la résistance du paludisme à  falciparumau traitement de première intention (des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, appelées CTA) a été confirmée dans 5 pays du Bassin du Mékong (Cambodge, Myanmar, République démocratique populaire lao, Thaïlande et Viet Nam)  Les patients atteints d’un paludisme résistant à l’artémisinine guérissent complètement après le traitement, à condition qu’ils aient été traités avec une CTA comportant un médicament associé efficace.  Toutefois, le long de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, P. falciparumest est devenu résistant à presque tous les antipaludéens disponibles.  La propagation des souches résistantes dans d’autres parties du monde pourrait constituer un problème majeur pour la santé publique et compromettrait les progrès récents de la lutte antipaludéenne.
  • Des échecs thérapeutiques aux médicaments de dernier recours contre la gonorrhée (les céphalosporines de troisième génération) ont été confirmés dans au moins 10 pays. L’OMS a récemment actualisé les lignes directrices pour le traitement de la gonorrhée dans lesquelles elle ne recommande pas les quinolones (une classe d’antibiotiques) à cause des niveaux élevés de résistance. La gonorrhée risque de bientôt devenir incurable, car aucun vaccin ou nouveau médicament n’est recherché.

En 2012, l’OMS a observé une hausse progressive de la résistance aux traitements contre le VIH, même si elle n’avait pas atteint des niveaux critiques. Depuis, une résistance accrue aux traitements de première intention a été observée.  En 2010, 7 % des patients entamant une thérapie antirétrovirale (ARV) dans les pays en développement étaient infectés par un VIH résistant aux médicaments. Dans les pays développés, ce chiffre se situait entre 10 et 20 %.  Quelques pays ont récemment signalé des niveaux équivalents à 15 %, voire supérieurs, chez les patients entamant un traitement contre le VIH et jusqu’à 40 % chez les patients recommençant un traitement. Les patients qui ne répondent pas aux traitements de première intention doivent se tourner vers les traitements de deuxième et de troisième intention qui sont respectivement 3 et 18 fois plus chers que ceux de première intention.


Mesures contre la RAM devant être prises à l’échelle nationale

Il est primordial d’accroître la capacité des pays en développement à prendre les mesures nationales nécessaires, notamment :

  • Développer la recherche scientifique, dont l’étude des mutations bactériennes, des transferts de gènes et des taux et moyens de propagation de la résistance, ainsi que l’étude de la RAM dans la chaîne alimentaire.
  • Fortement améliorer la surveillance et la collecte de données concernant la résistance de plusieurs agents pathogènes à plusieurs médicaments, et concernant la résistance des bactéries présentes dans les animaux utilisés pour l’alimentation, dans l’alimentation et dans l’environnement.
  • Améliorer et moderniser les équipements de laboratoire, en particulier les moyens diagnostiques, afin d’améliorer les diagnostics, de différencier les bactéries et les virus et les bactéries et les pathogènes résistants et non résistants en vue d’appliquer les traitements appropriés.
  • Améliorer le contrôle des infections en milieu hospitalier, dont l’hygiène, la modernisation des chambres et des salles d’opération, de l’équipement, des systèmes d’aération, etc.
  • Améliorer le contrôle des infections par l’approvisionnement en eau potable, un assainissement et un habitat adéquats et un environnement propre.
  • Élaborer et mettre en œuvre une politique nationale pour l’utilisation rationnelle et appropriée des antibiotiques et autres antimicrobiens.
  • Réglementer la vente, la prescription et la distribution des antimicrobiens et faire appliquer la réglementation.
  • Élaborer des lignes directrices ou des règlementations applicables au personnel médical, aux hôpitaux et établissements de santé sur l’utilisation appropriée des antibiotiques et sur les relations avec les commerciaux de l’industrie pharmaceutique.
  • Règlementer les pratiques commerciales des laboratoires pharmaceutiques pour qu’ils contribuent mieux à l’utilisation appropriée des médicaments et pour lutter contre les effets des avantages destinés aux commerciaux et au personnel médical et vétérinaire qui sont liés au volume de vente des antibiotiques.
  • Réglementer le secteur de l’agriculture et de l’élevage pour réduire progressivement l’utilisation non thérapeutique des antibiotiques, qui est une cause majeure de la RAM. Pour commencer, il est nécessaire d’interdire d’utiliser les antibiotiques servant à traiter des maladies mortelles chez les personnes comme accélérateurs de croissance chez les animaux.
  • Lutter contre la contamination de l’environnement par des résidus d’antibiotiques, notamment ceux rejetés par les usines de fabrication de médicaments et les installations sanitaires.
  • Sensibiliser les consommateurs et la communauté sur l’utilisation appropriée des antibiotiques.
  • Élaborer des politiques favorisant l’accès de la population à un prix abordable aux antibiotiques et autres antimicrobiens existants et nouveaux.
  • Instaurer un plan d’action national sur la RAM et un cadre institutionnel de mise en œuvre, qui prévoit la coordination des divers services du secteur de la santé, ainsi que la coordination du ministère de la santé et d’autres ministères dont celui de l’agriculture, de l’éducation et de l’information.
  • Accroître la capacité des ONG œuvrant dans le domaine de la santé, des médias et des établissements d’enseignement à faire de la RAM une priorité.

Mobiliser des fonds internes et externes pour faciliter la mise en œuvre du plan d’action national et des activités liées à la RAM.

Pour mettre en place les mesures nécessaires, les pays en développement doivent pouvoir compter sur la coopération internationale en vue de :

  • Obtenir des ressources financières adéquates afin de financer la lutte contre la RAM. Les pays en développement devront mobiliser des ressources nationales pour mener à bien la lutte contre la RAM.  Toutefois, certains d’entre eux, en particulier les pays à faible revenu, auront besoin de financements internationaux pour accroître leurs ressources nationales, étant donné les coûts élevés impliqués et les autres domaines d’action qui ont besoin de financement.  Le plan d’action contre la RAM devrait être accompagné d’estimations de coût et d’un budget présentant une estimation des ressources nationales pouvant être utilisées et une estimation des ressources attendues de la coopération internationale.
  • Acquérir des équipements et des technologies nécessaires à la lutte contre la RAM, comme ceux nécessaires au diagnostic, à la recherche scientifique, à l’innovation et à la neutralisation de la RAM dans les établissements sanitaires.
  • Moderniser les installations hospitalières pour améliorer le contrôle, la surveillance et le diagnostic des infections, l’environnement médical de chirurgie, afin de réduire le plus possible la propagation des infections (en particulier les infections résistantes) en milieu hospitalier et d’offrir un environnement approprié pour les patients souffrant d’infections résistantes.
  • Acquérir des antibiotiques et d’autres antimicrobiens pour traiter les patients notamment ceux atteints de maladies dues à des agents pathogènes résistants aux médicaments.
  • Couvrir les coûts dus à la réduction progressive de l’utilisation non thérapeutique des antibiotiques dans le secteur de l’élevage.
  • Couvrir les coûts liés aux aspects environnementaux de la lutte contre la RAM.
  • Recruter et former un nombre approprié de personnes, y compris pour gérer et coordonner le plan d’action contre la RAM, la surveillance, la gestion et l’application des lignes directrices et des règlementations.
  • Accroître la capacité des communautés, des organisations de la société civile, des établissements d’enseignement et des médias pour sensibiliser le public et prendre d’autres mesures liées à la RAM.

Un ou plusieurs fonds internationaux devraient être créés pour aider les pays en développement à supporter les coûts engendrés par la lutte contre la RAM.

Une partie des ressources mises à disposition devrait être consacrées à l’équipement technique nécessaire pour la surveillance, le diagnostic et le traitement.


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